Alors que la 41e édition du Salon du livre et de la presse jeunesse (SLPJ) ouvrira ses portes à Montreuil le 26 novembre, sur la thématique engagée de « L’art de l’autre », familles, éducateurs et professionnels de l’enfance sont invités à explorer la puissance de la littérature jeunesse pour ouvrir les cœurs et éveiller les consciences. Ce rendez-vous, qui rassemblera deux mille auteurs et autrices venus du monde entier ainsi que 400 maisons d’édition, se présente comme un espace de rencontre, d’inclusion et d’échange, en réponse sensible aux préoccupations actuelles : respect des différences, écoute de l’enfant, et défense de ses droits dans une société parfois anxiogène.
Dans un contexte marqué par une mobilisation croissante face aux violences touchant les plus jeunes, la littérature jeunesse s’affirme comme un outil précieux pour renouer le dialogue en famille, cultiver l’empathie et soutenir le développement de l’esprit critique chez l’enfant.
À l’école, à la maison ou en balade, le livre jeunesse et les histoires audio deviennent alors les premiers passeports pour partir à la rencontre de l’autre, s’ouvrir à la diversité des cultures, questionner les stéréotypes et transmettre des valeurs de respect, de solidarité et de vigilance. De nouveaux outils — boîtes à histoires sans écran, podcasts engagés, albums multilingues — facilitent désormais l’accès à la lecture partout : voyages, trajets quotidiens, soirées sous la pleine lune au bord du lac d’Annecy.
« Voyager ensemble », c’est aussi apprendre à se protéger et à protéger les autres, dans et hors du cercle familial, dans le respect de soi, de l’autre et du vivant. À l’heure où la littérature jeunesse s’ouvre à l’international, la France accueille des initiatives majeures pour rendre la culture accessible à tous, dans une démarche inclusive et solidaire.
À une heure où la société interroge la place et les droits de l’enfant, la littérature jeunesse apparaît comme un pilier de la construction individuelle et collective. Le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil place ainsi son édition 2025 sous le signe de « L’art de l’autre », une invitation explicite à explorer l’altérité et à ouvrir les imaginaires au dialogue, à la diversité et à l’empathie.
« La littérature de jeunesse n’est pas un monde à part, c’est une façon de parler avec les enfants du monde dans lequel ils vivent et de créer des imaginaires qui leur permettent de le comprendre. »
Le secteur jeunesse représente 13,4 % du marché du livre en France en 2024, soit le 3e secteur éditorial après la littérature générale et la bande dessinée/manga. Cette année, le SLPJ attend près de 2 000 auteurs et autrices et 400 maisons d’édition, avec la présence de délégations de plus de vingt pays.
En lien direct avec la Journée internationale des droits de l’enfant du 20 novembre, l’accent mis sur l’accessibilité se traduit par des livres adaptés (DYS, tactiles, audio, braille, LSF…), des kits sensoriels, des guides en français simplifié, des visites en audiodescription, et la création d’un espace dédié (“La Bulle”) pour accompagner tous les enfants, quels que soient leurs besoins spécifiques.
« On travaille la question de l’accessibilité depuis des années. Cette année, la “mobibulle”, un espace de médiation mobile et multisensoriel, viendra encore rapprocher la littérature de tous les enfants grâce à la voix, l’image, le toucher, l’écoute… »
Si la littérature offre un espace de douceur et de rêve, l’actualité rappelle les vulnérabilités spécifiques de l’enfance. Plusieurs affaires de maltraitance, d’agressions sexuelles ou d’exploitation ont touché la sphère éducative et associative en France : à Paris, 30 animateurs ont été suspendus en 2025 pour faits à caractère sexuel selon la mairie ; les affaires de prostitution de mineurs en France ont été multipliées par dix en moins de dix ans (de 21 cas en 2015 à 226 en 2024, d’après une note interne du Sirasco et de l’OCRTEH). L’enjeu est d’écouter la parole de l’enfant, de créer des espaces d’expression sûrs et de valoriser des contenus qui éveillent à la vigilance sans anxiété stérile, tout en nourrissant l’imaginaire positif.
« Les enfants sont des victimes qu’on n’écoute pas. Il est nécessaire qu’on s’occupe de ce sujet qui apparaît désormais comme majeur. »
Soutenir l’accès à une littérature jeunesse de qualité, plurielle, inclusive, c’est un acte citoyen autant qu’un plaisir familial. Cela permet de semer en nos enfants des graines de solidarité, de vigilance, d’esprit critique — mais aussi d’espérance, sur le chemin du quotidien comme celui du voyage. La participation du SLPJ à des actions de solidarité mondiale (lectures pour les enfants de Gaza, exposition d’œuvres venues d’Afrique ou d’Asie) rappelle combien la littérature jeunesse est une fenêtre sur l’autre, une invitation à la rencontre même au sein des fragilités du monde.
Depuis la Déclaration des droits de l’enfant adoptée en 1959, puis la Convention internationale de 1989, la protection, le respect et l’écoute de la parole des enfants se sont imposés dans nos sociétés, mais à l’échelle mondiale, ces droits restent fragiles, qu’il s’agisse du sort des enfants déplacés par des conflits, de la prévention des violences sexuelles ou de la nécessité d’un accès égal à l’éducation.
La littérature jeunesse joue ici un rôle fondamental. Depuis le XXe siècle, l’album illustré s’est imposé comme outil d’éveil, d’éducation à l’altérité et d’émancipation. Aux histoires classiques s’ajoutent des récits qui mettent en scène la diversité des familles, des identités, des cultures, et abordent des enjeux de société : égalité filles-garçons, écologie, exil, handicap, consentement…
Le SLPJ de Montreuil, avec son édition 2025 axée sur « L’art de l’autre », incarne ce mouvement vers une littérature où la rencontre et l’acceptation de la différence sont au cœur des projets éditoriaux. Présence internationale, accessibilité renforcée, mobilisation de jurys enfants, ouverture à des éditeurs africains et méditerranéens : tout participe à un mouvement global vers l’inclusion.
En Europe aussi, la tendance est au décloisonnement, à la valorisation de voix plurielles et à l’ouverture de l’imaginaire des enfants à la complexité du monde. Face au flot d’informations parfois anxiogènes, le livre reste une bulle de respiration et d’action, avec de nombreux projets solidaires, ateliers pour publics éloignés, et outils participatifs (boîtes à histoires, podcasts familiaux, ateliers zéro-déchet autour du livre).
Pour les familles, il existe aujourd’hui de nombreux moyens d’accompagner enfants et adolescents dans cette découverte de l’autre, à commencer par la lecture partagée, valorisée par le baromètre CNL 2023 qui indique que 85 % des parents lisent au moins un livre par semaine à leurs enfants. Plus de 60 % déclarent que la lecture les aide à aborder les questions de société ou d’actualité avec eux.
La dynamique autour de la littérature jeunesse croît à mesure que les salons évoluent : en 2025, 2 000 auteurs/autrices, 400 maisons d’édition, un stand collectif d’éditeurs africains et une délégation coréenne feront du salon de Montreuil un espace toujours plus ouvert. La gratuité du salon s’est traduite par un net rebond de la fréquentation familiale. L’attention portée à l’accessibilité se traduit par une variété croissante de livres adaptés (DYS, tactiles, en braille, gros caractères, LSF), et la création d’une "mobibulle" mobile pour toucher les jeunes en situation de handicap.
La parole de l’enfant occupe une place centrale : jurys composés uniquement d’enfants et d’ados de 8 à 18 ans pour décerner les « Pépites » du salon, reconnaissance de leur capacité de discernement et valorisation du point de vue de l’enfant.
Sur le marché audio, les boîtes à histoires nomades — Lunii, Bookinou, Merlin, Max, Yoto Player Mini, Flam Lunii — se multiplient, associant écoconception, contenus multilingues, catalogues inclusifs et engagement solidaire. Certains modèles, reconditionnés ou conçus à partir de plastique recyclé, facilitent la transmission et la personnalisation tout en favorisant l’autonomie de l’enfant. Les parents apprécient aussi la possibilité d’enregistrer leurs propres histoires, de mêler tradition orale et outils numériques, et d’intégrer des fonctionnalités pratiques comme la veilleuse, la relaxation ou la navigation intuitive.
Des études en psychologie du développement démontrent que l’écoute d’histoires favorise l’empathie et le sentiment de sécurité, particulièrement chez les enfants exposés à un monde anxiogène. Le choix d’histoires sur la diversité aide à déconstruire stéréotypes et préjugés dès le plus jeune âge.
Comment cultiver l’altérité et la vigilance en famille, concrètement ?
Albums coup de cœur pour ouvrir l’imaginaire :
- « Le grand voyage de Ramy » (dès 4 ans) : une histoire lumineuse sur l’accueil et l’altérité.
- « L’Arbre sans fin » de Claude Ponti : aborde la différence et la métamorphose.
- « Je suis » (Amandine Laprun, Actes Sud Junior) : célèbre toutes les façons d’être.
- « Jonas et la mer » : récit sur l’exil, dès 5 ans.
- « Mon petit cœur a beaucoup d’amour » (École des loisirs) : pour parler d’émotions et de consentement dès la maternelle.
Petite sélection de boîtes à histoires nomades à glisser dans le sac familial :
- Lunii, Ma Fabrique à Histoires : version reconditionnée, histoires co-créées par l’enfant, multilinguisme.
- Bookinou : lecture enregistrée par les proches, version 2e vie accessible.
- Merlin : enceinte écologique et solidaire, attention à la diversité, contenus renouvelés.
- Max (École des loisirs) : enregistrements personnels, navigation intuitive.
- Yoto Player Mini : petits formats, nouveautés musicales, voix du monde entier.
- Flam Lunii : pour les plus grands, production française et catalogues tournés vers la coopération.
Conseils & rituels
Astuce en voyage : installez un rituel où chaque soir, chacun choisit un nouveau héros ou territoire imaginaire à explorer — le hasard ouvre la porte à la magie et à la surprise.
Petit rituel lunaire familial : à la pleine lune, profitez d’une balade ou d’un soir douillet pour lire ensemble, discuter des rencontres du jour, noter ce qui a touché chacun, ou créer un mandala de gratitude à la nature.
Poursuivre la réflexion en famille ne requiert pas l’intégration de tout d’un coup : il suffit d’ouvrir, régulièrement, un temps de lecture ou d’écoute — l’essentiel étant de laisser la parole circuler, même sur des sujets difficiles.
Pour aller plus loin :
- Le site du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil propose des sélections thématiques, podcasts et événements accessibles en ligne.
- UNICEF France – Mon enfant, mes droits offre des outils pédagogiques simples pour sensibiliser à la Convention internationale des droits de l’enfant.
- La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse publie chaque année des sélections autour de l’inclusion et de la diversité.
Pour suivre des lectures, des témoignages et participer à des ateliers ou cercles de lectures familiales : rendez-vous sur les réseaux sociaux associés, les groupes de partage régionaux ou les événements dédiés. Partagez vos coups de cœur en littérature jeunesse ; la route de l’altérité s’enrichit de chaque histoire transmise et de chaque question posée.
« Voyager, c’est aller à la rencontre de l’autre : et si c’était d’abord un chemin à parcourir en histoires, main dans la main avec nos enfants, pour bâtir une société plus juste et plus consciente ? »
