Alors que la France s’apprête à instaurer un nouveau congé de naissance, la question de l’autonomie des plus jeunes se pose avec acuité. La majorité des parents expriment des craintes pour la sécurité de leurs enfants sur le chemin de l’école, et l’âge du premier trajet autonome recule d’une génération à l’autre : 11 ans et demi en moyenne aujourd’hui, contre 10 ans et demi il y a une génération. Ce recul s’accompagne d’interrogations sur la capacité à concilier protection, confiance et liberté, tant pour les enfants que pour leurs parents.
Dès 2026, chaque parent pourra bénéficier d’un congé de naissance supplémentaire pouvant atteindre deux mois. Cette initiative, introduite par la loi de financement de la Sécurité sociale, vise à offrir aux deux parents, qu’ils soient salariés, indépendants ou fonctionnaires, une présence partagée auprès de leur enfant nouveau-né. L’indemnisation prévue — 70 % du salaire net le premier mois, puis 60 % le second — entend encourager une prise effective de ce droit, en particulier chez les pères.
Ce nouveau dispositif s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’égalité parentale et les réponses à apporter au quotidien des familles. Son financement entraînera une modification des allocations familiales, avec notamment le report de la majoration au deuxième enfant de 14 à 18 ans. Si la réforme est saluée pour son apport au soutien parental, elle suscite aussi le débat sur les ambitions en matière d’égalité réelle, notamment chez les représentants écologistes.
Dans le même temps, l’autonomie des enfants continue de reculer, freiné par des peurs parentales persistantes et des aménagements urbains jugés insuffisants. Selon l’Ademe, 90 % des parents interrogés redoutent la circulation automobile et l’insécurité routière, tandis qu’environ 75 % s’inquiètent de potentielles mauvaises rencontres. Les différences de traitement entre filles et garçons restent marquées : les garçons obtiennent plus souvent l’autorisation de se déplacer seuls, reflétant une inégalité face à l’apprentissage de l’indépendance.
Face à cette situation, des acteurs de la mobilité, comme Mathieu Chassignet de l’Ademe, insistent sur l’importance d’investir dans la sécurité aux abords des écoles : élargissement des trottoirs, généralisation des pistes cyclables séparées, soutien aux solutions de mobilité douce. Les experts rappellent que la limitation de l’autonomie favorise la sédentarité, accentue les disparités territoriales et de genre, tout en accroissant la pollution urbaine.
Au-delà de la question des déplacements, l’autonomie des enfants implique aussi le respect de leurs droits essentiels. Les scandales récents autour des adoptions internationales illégales rappellent combien il est nécessaire de garantir à chaque enfant l’accès à son histoire et à ses origines. Des initiatives législatives préconisent la création d’une commission d’enquête et le renforcement du droit à l’information pour les personnes adoptées.
Dans le champ éducatif, la rentrée 2025 marque l’application progressive du programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars), visant à permettre aux enfants de mieux comprendre leurs émotions, d’apprendre à poser des limites et de s’initier au consentement. Pour la première fois, les enseignants bénéficient d’un support pédagogique unifié, afin de remédier au déficit constaté : 85 % des élèves n’avaient jusque-là jamais reçu les séances prévues par la loi de 2001. Si la réforme est jugée utile, son déploiement dépendra du soutien institutionnel et des moyens consentis, alors que les associations partenaires, comme le Planning familial, alertent sur le risque d’une application incomplète faute de ressources.
Ce moment charnière invite à repenser les pratiques éducatives et urbaines. Faut-il céder à la tentation du sur-contrôle ou s’orienter vers une autonomie outillée et sereine ? De nombreuses initiatives citoyennes émergent : piétonnisation des abords d’écoles à Annecy, Grenoble ou Strasbourg, développement de cyclobus, montée des collectifs de parents pour sécuriser les itinéraires scolaires. La réflexion s’étend également à la mobilité familiale partagée (vélos-cargos, covoiturage), aux Amap et autres réseaux locaux qui renforcent le tissu social autour des jeunes générations.
Sur le plan international, certains pays nordiques, comme le Danemark ou la Finlande, font le choix structurel de la confiance et de l’autonomisation des enfants, misant sur des aménagements urbains adaptés et une forte implication communautaire. En France, le modèle « tout-voiture » est remis en question au profit d’une éducation éco-responsable et plus égalitaire.
La Convention internationale des droits de l’enfant oriente ces transformations, mais sa mise en œuvre reste variable ; les débats sur l’adoption, l’égalité filles-garçons et l’éducation relationnelle démontrent que la route reste longue pour concilier progrès, protection et respect des individualités.
La transition vers une société plus confiante et inclusive suppose donc des efforts concertés : allonger la présence parentale, sécuriser l’espace public, valoriser l’initiative locale et soutenir les professionnels de l’éducation. Pour les familles comme pour les institutions, l’objectif partagé est de permettre à chaque enfant de grandir en liberté, en sécurité et dans le respect de soi et des autres.
À retenir
- Age moyen du premier trajet autonome : 11,5 ans aujourd’hui, contre 10,5 il y a une génération.
- 2 mois de congé de naissance supplémentaire pour chaque parent à partir de 2026, avec indemnités revalorisées.
- 90 % des parents craignent la circulation routière, 75 % des filles ont moins d’autonomie que les garçons.
- 85 % des élèves ne bénéficiaient pas de l'éducation obligatoire à la vie affective jusqu’en 2025.
- Initiatives citoyennes, mobilités douces, programmes éducatifs et réformes législatives convergent pour un accompagnement plus harmonieux de l’enfance.
Pour informer et accompagner cette évolution, associations, collectivités et collectifs de parents multiplient les ressources : guides pratiques, plateformes de co-mobilité, parcours d’éducation à la parentalité, cercles citoyens et réseaux d’entraide. La construction d’un environnement favorable passe par l’engagement de chacun : parent, enseignant, acteur local ou simple voisinage.
Ce vaste mouvement pour l’autonomie des enfants et une société du soin croisé s’inscrit dans la durée. À travers la confiance partagée, l'attention portée à la sécurité et le respect de l’environnement, il s’agit d’ouvrir la voie à une parentalité plus éclairée et joyeuse.
La prochaine étape ? Un dialogue poursuivi avec tous les acteurs, à suivre dès le mois prochain lors d’une table ronde en ligne sur “L’autonomie des enfants dans un monde en transition”, ouverte aux familles, adolescents, professionnels et urbanistes.
Oser la confiance, c’est aussi faire le pari d’une société plus ouverte et plus résiliente.
