Prendre soin des enfants : éviter les routines beauté adultes, privilégier nature et alimentation saine

24 février 2026Élise Caron-Dubois
Prendre soin des enfants : éviter les routines beauté adultes, privilégier nature et alimentation saine
24 février 2026Élise Caron-Dubois

Prendre soin des enfants : éviter les routines beauté adultes, privilégier nature et alimentation saine

Alors que de plus en plus d’instituts de beauté pour enfants fleurissent aux quatre coins de la France et que les réseaux sociaux, de TikTok à Instagram, regorgent de tendances risquées incitant les plus jeunes à s’approprier des routines beauté d’adultes, la Société française de dermatologie tire la sonnette d’alarme : massages, masques, huiles ou manucures n’apportent aucun bénéfice réel à la peau des enfants et peuvent, au contraire, déclencher allergies, eczémas ou sensibilisation au soleil, même avec des produits réglementés. Pire, la mode des “tan lines” – marques de bronzage obtenues volontairement sans protection – se répand chez les adolescentes, exposant toute une génération à un risque accru de coups de soleil graves et de cancers cutanés à moyen terme. Face à ce phénomène qui s’accélère aussi bien dans les villes que dans les campagnes, de nombreux parents s’interrogent : comment transmettre à nos enfants une vision saine, naturelle et joyeuse de la beauté et du bien-être, loin des injonctions du marketing et de la pression des écrans ? Quels repères et quelles alternatives proposer, en famille, pour allier santé, écologie et plaisir d’être soi ?

Alors que les rayons de nos magasins s’emplissent de coffrets spa pour enfants et que les réseaux sociaux regorgent de routines beauté kids, l’inquiétude monte chez les professionnels de santé. La Société française de dermatologie a récemment alerté sur la multiplication d’instituts de beauté dédiés aux enfants, proposant massages, masques et manucures à un jeune public, parfois dès 5 ou 6 ans. Derrière la promesse d’un “moment mère-fille” ou d’une “initiation au bien-être”, les risques sont bien réels.

« L’enfant n’a pas besoin de produits cosmétiques. Or tout cosmétique, malgré une réglementation rigoureuse, expose à un risque, comme le développement d’une allergie », explique le Professeur Pierre Vabres, dermatologue au CHU de Dijon et membre de la Société française de dermatologie.

Parmi les dangers cités : allergies cutanées, eczéma, photosensibilisation (modification de la réaction de la peau au soleil, entraînant brûlures ou taches), absence de réglementation claire sur les cosmétiques pour enfants, rendant difficile le contrôle des ingrédients, et danger accru lors d’expositions au soleil, amplifié par certaines tendances virales sur les réseaux sociaux.

Le phénomène des “tan lines” ou “burn lines” – exhiber fièrement ses marques de bronzage, parfois obtenues sans crème solaire, voire en utilisant des accélérateurs comme le monoï ou l’huile d’olive – cumule plus de 150 000 vidéos sur TikTok et un million de publications sur Instagram. Les adolescents, particulièrement sensibles à l’approbation sociale, suivent ces tendances. « Le premier risque est de prendre un coup de soleil aigu, une brûlure du premier degré. Avec des huiles, il est même possible d’avoir une brûlure du deuxième degré avec apparition de cloques, pouvant entraîner une hospitalisation », précise un médecin.

D’après Santé Publique France, les cancers de la peau sont l’un des dix cancers les plus fréquents, et le quatrième chez la femme. Plus de 85 % de ces cancers seraient dus à une exposition excessive aux UV pendant l’enfance et l’adolescence. Le mélanome, la forme la plus grave, tue environ 2 000 personnes chaque année en France.

Au-delà des produits, le marketing cible de plus en plus les enfants, créant un marché anxiogène où la beauté s’acquiert très tôt, parfois au détriment de la santé et de l’estime de soi. La pédopsychiatre Amandine Buffière souligne : C’est peut-être exposer des enfants un peu fragiles à l’adolescence à se dire que oui, l’apparence est une chose fondamentale dans la vie. Beaucoup d’enfants confrontés à ces injonctions développent un rapport au corps marqué par l’insatisfaction alors même que la beauté naturelle – issue d’une alimentation pleine de vie, d’un sommeil réparateur, du jeu en plein air et du contact avec la terre – est délaissée.

La santé globale des enfants ne se résume pas aux cosmétiques : l’obésité chez les jeunes a plus que doublé en France entre 1990 et 2022, et le surpoids concerne jusqu’à 47 % des enfants à Mayotte, 22 % dans les Hauts-de-France. Plus que jamais, il apparaît nécessaire de repenser nos modèles de bien-être, en misant sur l’alimentation vivante, locale, les activités de plein air et la reconnexion à la nature.

Retrouver des repères pour une vraie beauté naturelle

Depuis plusieurs décennies, le rapport des enfants à la beauté, à la santé et à l’épanouissement se complexifie entre mutations sociétales rapides et racines ancestrales. Historiquement, les soins de soi et les rituels de bien-être des plus jeunes étaient liés à la transmission familiale, à l’usage de plantes locales et à des gestes guidés par le rythme des saisons. La beauté de l’enfant signifiait vitalité, respect du vivant, et surtout protection contre les excès.

Au fil des années 2000 et de l’explosion des réseaux sociaux, on observe une “adulte-isation” de l’offre : spas pour enfants, produits “junior” empruntés à l’univers adulte, contenus valorisant la correction de l’apparence bien avant la puberté. Parallèlement, l’obésité infantile a doublé, la sédentarité et la dégradation de l’alimentation interrogent : comment retrouver le sens d’un bien-être global et harmonieux ? Dans certains pays (Finlande, Japon, Canada), des programmes scolaires misent sur l’éducation à l’alimentation, le lien avec le vivant, l’activité physique et une “slow life”.

Des initiatives émergent aussi localement : ateliers jardinage en permaculture, cuisine familiale, temps de pleine conscience ou de gratitude partagés. Même minoritaires, elles prouvent que la beauté authentique – enracinée dans la santé, la nature et la joie d’être ensemble – reste accessible et pleine de sens pour les générations futures.

Quels risques et quelles pistes concrètes ?

La hausse des instituts beauté enfants inquiète : dès 5 ou 6 ans, des soins proposés peuvent déclencher allergies, eczéma, photosensibilisation, faute de réglementation claire. Sur les réseaux sociaux, plus de 150 000 vidéos TikTok et un million de posts Instagram encouragent l’exposition solaire sans protection, renforçant la banalisation du risque de cancer de la peau (85 % des cas liés aux UV en enfance/adolescence). L’alimentation joue également un rôle prouvé : une alimentation riche en produits issus de l’agriculture biologique, locale et variée (fruits, légumes, oméga 3 et 6) et une bonne hydratation soutiennent la peau, l’énergie et l’estime de soi. L’accès aux produits locaux, aux jardins en permaculture et à l’éducation à l’alimentation reste cependant inégal selon les territoires. À Mayotte, près d’1 enfant sur 2 est en surpoids ; 22 % dans le Nord.

Pour les cosmétiques maison (baume à l’aloe, masques au miel, bains de pieds à la lavande du jardin), il est conseillé d’éviter les huiles essentielles chez l’enfant, de toujours tester au préalable dans le pli du coude, et de privilégier le jeu et la connexion à la nature plutôt que le résultat cosmétique.

Une journée “zéro déchet-beauté naturelle” en famille pourrait ressembler à : préparer ensemble un smoothie bio (épinards du jardin, pommes, graines de chia) et installer un composteur ; réaliser un baume réparateur au beurre de karité et huile de calendula testé d’abord par les parents ; passer une pause gratitude au potager ou lire un livre sur la permaculture adaptée à l’enfance ; profiter d’un bain de pieds à la lavande ou d’un massage des mains à l’huile de tournesol bio ; choisir des lectures telles que “Petit Potager de la Lune” ou “Mes Recettes Beauté Nature”. Pour les vacances, privilégier les fermes bio et écovillages et découvrir la magie de la permaculture en famille.

Ressources et accompagnements

Pour aller plus loin, des ressources existent : la Société française de dermatologie pour des repères sur la peau de l’enfant, le guide pratique “Éducation à l’alimentation” de l’INSERM, des comptes sur les réseaux sociaux dédiés à l’enfance et la nature. De nombreuses actions locales, comme les AMAP, les Repair Café ou les associations de permaculture, proposent ateliers jardinage, cuisine et sensibilisation à l’écologie en famille.

En cas de préoccupation excessive sur l’apparence ou de besoin d’imiter des routines vues sur internet, il est conseillé de consulter un professionnel de santé ou de l’éducation.

« Élever un enfant, c’est aussi lui offrir la chance de grandir dans la confiance, loin des injonctions marketing, connecté à la terre, à la joie de cultiver et de fabriquer de ses mains. Pour une beauté qui rayonne, commençons par semer ensemble, dans le jardin familial… »

Cet article ne se substitue pas à un accompagnement médical ou thérapeutique individualisé. Toujours vérifier l’innocuité des gestes et des ingrédients, surtout sur la peau des enfants.

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