Alors que la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant invite la France à repenser l’éducation et la place des jeunes, comment l’engagement écologique, la participation citoyenne et de nouveaux rythmes scolaires transforment-ils concrètement l’enfance d’aujourd’hui ? À travers témoignages, initiatives locales et solutions inspirantes, enfants, parents et collectivités imaginent ensemble un avenir plus serein, responsable et connecté au vivant.
La Convention citoyenne et la nouvelle place des enfants
En 2025, la France met ses enfants au centre du débat public avec la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant : 133 citoyens tirés au sort, épaulés par un groupe de jeunes de 11 à 17 ans, travaillent de juin à novembre à repenser l’organisation quotidienne de la jeunesse, de l’école aux loisirs, jusqu’aux vacances. Sur fond de traumatismes récents – incendie tragique du bar "Constellation" à Crans-Montana, accidents routiers frappant durement des adolescents – la question du bien-être, de la sécurité et de la parole des jeunes devient urgente. Dans toutes les régions, des villes comme Laval (Mayenne) ouvrent des processus participatifs inédits : 200 000 € sont confiés directement aux jeunes pour aménager des espaces publics, relier nature et ville et renforcer la fierté de leur quartier. Ces initiatives locales font écho à une réflexion nationale et internationale : comment articuler santé, apprentissage, épanouissement, écologie et implication citoyenne dans l’enfance ? Plus qu’une réforme scolaire, c’est toute une société qui semble appelée à redéfinir ses priorités : offrir, dès aujourd’hui, aux enfants et familles, des outils pour grandir autrement — au plus près de la Terre, à l’écoute de leurs rythmes, acteurs de leur propre avenir.
Un tournant démocratique dans un contexte de drames
L’année 2025 marque un tournant rare : jamais la parole des enfants et des familles n’a autant été mise au cœur du débat public. Pourtant, cette effervescence démocratique intervient dans un climat traversé par des drames qui touchent en profondeur la jeunesse et questionnent notre modèle éducatif, notre aménagement du temps… et notre capacité à panser collectivement des blessures encore vives.
Le récent incendie du bar Constellation à Crans-Montana, dans les Alpes, a profondément marqué les adolescents : 40 victimes, dont 13 mineurs, la plus jeune âgée de 14 ans. À travers les témoignages bouleversants recueillis (« Voir ce bar comme ça, on se croirait dans un film […]. Je n’arrive plus à dormir depuis », confie Diana, lycéenne), on mesure l’ampleur du choc et la nécessité de créer, selon les mots d’un témoin, « des espaces pour se reconstruire ensemble ». De même, d’autres drames récents – comme cet accident de la route en Saône-et-Loire qui a coûté la vie à un jeune de 13 ans, proprio de la voiture familiale – illustrent la vulnérabilité de la jeunesse lorsqu’elle ne se sent ni écoutée, ni accompagnée.
Des chiffres révélateurs
- 133 citoyens tirés au sort participent à la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant, épaulés par un groupe dédié de 20 jeunes de 11 à 17 ans.
- L’organisation de la Convention représente un coût de 4 millions d’euros.
- 85 % des communes ont abandonné la semaine de 4,5 jours au primaire, alors que la chronobiologie pointe la nécessité d’un rythme adapté à l’enfant.
- À Laval, 7 projets lauréats du budget participatif jeune verront le jour d’ici 2 ans sur un budget total de 200 000 € dédiés.
Les rythmes scolaires : enjeu et débat national
La Convention citoyenne place la réforme des rythmes scolaires au centre du débat. « Nos propositions résonnent dans la société […] La situation actuelle n’est plus tenable pour les enfants, il faut que ça change », affirme Kenza Occansey, vice-présidente du CESE. Les principaux syndicats, dont le Snes-FSU, dénoncent une « impasse organisationnelle » et un risque accru de décrochage pour les jeunes les plus vulnérables, tandis que le Snalc fustige les « 4 millions jetés par la fenêtre ». Entre attentes citoyennes et résistance institutionnelle, l’écart se creuse. « On espère que la montagne n’accouchera pas d’une souris », prévient Grégoire Ensel, vice-président de la FCPE.
Participation citoyenne et dynamique locale
Au niveau local, la participation directe redonne du pouvoir aux jeunes et renforce la fierté d’agir. « Quand on dépose un projet et qu’on voit qu’il peut aboutir, c’est une vraie satisfaction personnelle. [...] On peut changer les choses par nous-mêmes, à condition d’oser faire le premier pas », explique Ezzedine, lauréat à Laval. À l’échelle nationale, la nécessité de mieux articuler temps scolaire, bien-être et lien à la nature s’impose. Selon la Cour des comptes, la France reste en décalage européen : trop de longues vacances, des journées trop pleines, pas assez de respiration ou de nature.
Une histoire de rythmes et de modèles éducatifs
Depuis des décennies, l’organisation du temps de l’enfant en France est un sujet sensible, à la croisée de préoccupations sociales, éducatives et, de plus en plus, écologiques. Historiquement, le modèle français a privilégié une scolarité dense, ponctuée de longues vacances. Dès les années 1980, médecins et pédagogues ont mis en garde contre la "dette de sommeil", l’urbanisation croissante, la pression scolaire et l’appauvrissement du lien au vivant.
Les tentatives de réforme – dont la semaine de 4,5 jours – n’ont pas permis de profondes mutations. L’école demeure l’épicentre de la vie enfantine, parfois au détriment du collectif, de la convivialité et de la nature. Ailleurs, la France observe : les pays nordiques intègrent systématiquement apprentissage dehors, temps du jeu et passage par la nature ; l’Asie aménage des journées plus courtes laissant place aux activités de bien-être, à la créativité ou au sport ; l’Allemagne et les Pays-Bas privilégient la concertation école-parents-enfants et la diversité pédagogique. Aujourd’hui, la montée de la participation citoyenne (conventions jeunes, budgets participatifs, panels d’enfants) révèle une attente collective d’ouvrir les espaces de la parole, du faire ensemble et de la reconnexion à la nature — trois leviers pour fonder la résilience individuelle et collective.
Les jeunes, l’écologie et le cadre de vie
À l’échelle nationale, moins de 10 % des conseils municipaux intègrent un "conseil des jeunes", mais là où ils existent, plus d’un projet sur trois porte sur l’écologie ou le cadre de vie. À Laval, sept projets ont émergé grâce au budget participatif jeunes, du labyrinthe en bois recyclé aux espaces ludiques autour de la biodiversité.
La France se distingue par ses 16 semaines de vacances annuelles (contre 10 à 12 ailleurs), mais aussi ses journées particulièrement longues. En Finlande ou au Danemark, l’école s’arrête à 14h ou 15h, permettant art, sport, nature ou activités citoyennes.
La parole et les besoins des enfants
À la Convention citoyenne, un panel de 20 enfants a partagé ses besoins et inquiétudes : plus d’espaces pour parler, agir, "être utile", se projeter dans un monde apaisé. Après l’incendie de Crans-Montana, près de 150 jeunes ont bénéficié d’un accompagnement psychologique, parfois grâce à l’implication de leurs pairs.
Initiatives écologiques et nature
- 2 000 écoles sont engagées dans des programmes de jardinage ou d’éducation à la permaculture. Environ 50 000 enfants participent chaque année à des ateliers nature, avec un effet positif sur la concentration, la coopération et la réduction du stress.
- Les trajets en train familiaux sont en hausse de 12 %. Huit pour cent des familles des Alpes équipées d’une voiture électrique l’utilisent pour accéder aux massifs, privilégiant la mobilité douce et l’accueil dans des fermes ou écovillages pratiquant l’agriculture biologique.
- En 2024, les livres jeunesse sur la nature, la gestion des émotions ou la permaculture sont les plus demandés (+22 % en un an à la BNF).
Ressources et perspectives
Le rapport de la Convention citoyenne est consultable sur le site du CESE. Parmi les associations actives : “Les Amis de la Terre Jeunesse”, “Parents en Transition”; des kits de cercles de parole et ateliers nature sont accessibles gratuitement. Les bibliothèques proposent des sélections thématiques « grandir avec la nature », « gérer ses émotions », « s’initier à la permaculture ».
Laval renouvelle son budget participatif jeune en 2027 ; le guide méthodologique peut inspirer d’autres collectivités. En Haute-Savoie, plusieurs écoles expérimentent de nouveaux rythmes : premiers bilans lors du Salon de l’Éducation à Lyon. La newsletter “Parents en Transition” proposera prochainement un dossier « Rythmes, nature et enfance ». Le réseau WWOOF France offre des séjours familles-découverte autour de l’agriculture bio et de la permaculture. Des podcasts comme “Respiration Essentielle” ou “Jardinons ensemble”, et des tutoriels DIY “gratitude en famille” complètent le panorama.
Un mouvement en pleine croissance
Expérimentations autour des aménagements du temps scolaire, développement des tiers-lieux nature dédiés à l’enfance, mobilisation autour de la citoyenneté jeune : le mouvement continue de grandir, invitant institutions et familles à se mobiliser pour un avenir ancré dans la douceur, le respect du vivant et l’écoute des rythmes naturels. À chacun, parent, enseignant ou élu, de continuer à faire germer des graines d’humanité, de lien et d’engagement pour permettre aux enfants de grandir, ensemble, dans un environnement sain et porteur de sens.
