Grandir autrement : contrer les dérives beauté, réseaux sociaux et transmettre écologie, respect, lecture

18 décembre 2025Élise Caron-Dubois
Grandir autrement : contrer les dérives beauté, réseaux sociaux et transmettre écologie, respect, lecture
18 décembre 2025Élise Caron-Dubois

Grandir autrement : contrer les dérives beauté, réseaux sociaux et transmettre écologie, respect, lecture

Alors que réseaux sociaux et instituts de beauté incitent les enfants et adolescents à adopter des routines beauté parfois risquées, de plus en plus de familles et d’éducateurs choisissent d’inventer un quotidien différent : lectures jeunesse engagées, cosmétiques naturels faits maison, alimentation bio, recyclage et vacances responsables pour grandir autrement — dans le respect de soi, du vivant et de la planète. Ces initiatives offrent aux plus jeunes des clés concrètes pour s’épanouir loin des diktats de l’apparence.

À travers la France, la multiplication des instituts de beauté pour enfants et les tendances à risque véhiculées sur TikTok et Instagram — comme les "tan lines" ou l’usage précoce de cosmétiques — inquiètent dermatologues et professionnels de l’enfance. Alertée, la Société française de dermatologie rappelle depuis novembre que "l’enfant n’a pas besoin de produits cosmétiques" et que ces pratiques peuvent entraîner allergies, eczéma ou brûlures graves, alors même qu’aucune réglementation spécifique ne protège les plus jeunes. Face à cette pression grandissante de la beauté et de l’apparence en ligne, certains parents et éducateurs choisissent une autre voie : retour au naturel avec l’alimentation bio, lectures jeunesse engagées, création de cosmétiques maison avec les plantes du jardin, ateliers zéro-déchet et vacances responsables. S’appuyant sur des initiatives locales et les lauréats du Salon du Livre Jeunesse — dont des œuvres questionnant l’influence des réseaux et le rapport au vivant —, ces familles prouvent qu’il est possible d’accompagner les enfants vers un équilibre épanouissant, loin des diktats et au plus près de la nature.

L’alerte sur les routines beauté et réseaux sociaux

L’alerte est lancée : la peau des enfants et des adolescents subit une double pression. D’un côté, la multiplication de routines et instituts de beauté, de l’autre, la viralité de tendances à risque sur les réseaux sociaux. Dans un avis publié le 20 novembre, la Société française de dermatologie rappelle avec force :

« L’enfant n’a pas besoin de produits cosmétiques. Or, tout cosmétique, malgré une réglementation rigoureuse, expose à un risque, comme tout médicament — par exemple le développement d’une allergie. », déclare le professeur Pierre Vabres, dermatologue au CHU de Dijon.

Les instituts de beauté dédiés aux enfants connaissent une forte croissance : massages, masques et manucures y sont proposés à une clientèle parfois dès l’âge de 6 ans. Aucune réglementation spécifique ne définit ce qu’est un cosmétique pour enfant en France, ni n’impose un contrôle des substances ou un étiquetage adapté. Les risques sont réels : développement d’allergies cutanées — la peau des enfants, plus fine et perméable, est particulièrement vulnérable —, apparition d’eczéma, d’irritations ou de photosensibilisation, des réactions aggravées si l’enfant s’expose au soleil.

La viralité de la tendance “burn lines” (lignes de coups de soleil) et “tan lines” (traces de bronzage), amplifiée par TikTok et Instagram depuis début 2025, inquiète médecins et familles. Le hashtag “tan lines” compte plus d’1 million de publications sur Instagram. Sur TikTok, près de 150 000 vidéos incitent à s’exposer sans protection, toutes générations confondues. Le professeur Christophe Bédane, dermatologue, précise :

« Le premier risque est de prendre un coup de soleil aigu — brûlure du premier degré, voire du second avec les huiles. »

Les conséquences à long terme sont alarmantes : plus de 85 % des cancers de la peau sont liés à une exposition excessive aux UV avant 18 ans, et le mélanome tue toujours 2 000 personnes par an en France.

Au-delà du risque physique, cette pression de l’apparence, renforcée par le marketing des “influenceuses beauté”, façonne des stratégies de comparaison délétères. Les pédopsychiatres tirent la sonnette d’alarme face à une "hypertrophie de l’apparence" qui touche des enfants toujours plus jeunes, accentuant leur fragilité psychologique à l’adolescence.

« C’est peut-être exposer des enfants un peu fragiles à l’adolescence à se dire que l’apparence est la chose essentielle », alerte la pédopsychiatre Amandine Buffière.

Alors que l’Australie a récemment interdit l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, la France débat encore des moyens de mieux protéger les enfants. Mais sur le terrain, familles et éducateurs lancent une contre-offensive : soins naturels, éducation à la beauté du vivant, lectures inspirantes, permaculture familiale, ateliers zéro-déchet… Autant de pratiques qui encouragent la construction de soi, la connexion à la nature et le plaisir d’apprendre autrement.

Évolution des rapports à soi et à la nature

Depuis plusieurs années, le rapport des enfants et des adolescents à leur corps, à la nature et à la consommation évolue sous l’influence croisée du numérique, de la prise de conscience écologique et des mutations sociétales. Traditionnellement, l’enfance s’inscrivait dans un temps de découverte naturelle : jeux extérieurs, cuisines familiales, apprentissage du rythme des saisons et du soin par les remèdes simples transmis au sein du foyer. Mais, avec l’essor des réseaux sociaux et de la consommation de masse, de nouveaux enjeux émergent autour de l’image de soi, du rapport à la beauté, à la santé et à l’environnement, souvent dès le plus jeune âge.

Selon l’UNICEF, 70 % des enfants européens déclarent aujourd’hui accéder à Internet avant l’âge de 12 ans, ce qui permet un accès précoce à des contenus orientés « lifestyle » ou « beauté ». Cette hyperconnexion s’accompagne d’une pression accrue à la conformité et à l’apparence. Ces dernières années, la multiplication de routines beauté pour enfants, de salons esthétiques dédiés et de tutoriels sur TikTok ou Instagram a suscité l’alerte des dermatologues : risques d’allergie, de photosensibilisation, et inculcation d’une logique consumériste dès l’enfance. Ces tendances touchent l’ensemble des pays occidentaux, où l’industrie cosmétique dédiée aux enfants est en pleine expansion, avec parfois jusqu’à 20 % de croissance annuelle sur certains segments.

En réaction, d’autres courants voient le jour : le « slow parenting », la montée des préoccupations écologiques — près de 60 % des parents français souhaitent mieux transmettre le respect de la planète à leurs enfants (sondage Ifop, 2023) —, ou l’essor des pratiques familiales de permaculture, d’ateliers zéro-déchet et d’éducation alternative. Ce mouvement est renforcé par la montée en puissance de la littérature jeunesse engagée : le nombre d’ouvrages abordant l’écologie ou l’émancipation personnelle a doublé dans les sélections du Salon du Livre jeunesse de Montreuil ces cinq dernières années.

Sur le plan réglementaire, la France et d’autres pays étudient actuellement des lois pour mieux encadrer l’exposition des mineurs aux réseaux sociaux. L’Australie interdit TikTok et Instagram aux moins de 16 ans depuis fin 2025. L’enjeu mondial : trouver un juste équilibre entre ouverture sur le monde, accès à la culture et préservation de la santé physique et mentale des jeunes générations — tout en transmettant des valeurs centrées sur la sobriété heureuse, la solidarité et l’harmonie avec le vivant.

Chiffres et initiatives concrètes

  • Plus de 85 % des cancers de la peau sont dus à une exposition excessive aux UV durant l’enfance et l’adolescence, d’après Santé Publique France. Pourtant, sur TikTok et Instagram, les vidéos autour des « tan lines » ou « burn lines », encourageant le bronzage sans crème solaire, cumulent plus d’1 million de publications. Cette tendance, partie d’Australie début 2025, souligne le manque de prévention sur les réseaux auprès des adolescents.
  • Il n’existe aucune réglementation spécifique aux cosmétiques pour enfants. Selon la Société française de dermatologie, les produits utilisés dans les instituts « kids » — même s’ils sont conformes à la loi — peuvent déclencher des allergies cutanées, de l’eczéma ou des réactions de photosensibilisation. Le développement des allergies chez l’enfant se fait souvent via la peau.
  • Le Salon du Livre Jeunesse de Montreuil touche chaque année environ 200 000 enfants, ados et adultes, et met en avant des œuvres portant sur le respect du vivant, l’aventure et le questionnement social. Les jurys enfants/adolescents (8-18 ans) plébiscitent régulièrement des titres qui permettent de s’émanciper des stéréotypes ou des logiques consuméristes.
  • Selon l’association Rejoué, le réemploi solidaire de jouets permet de détourner chaque année plusieurs centaines de tonnes de jouets des déchets en Île-de-France, tout en sensibilisant les familles au tri et à la réparation.
  • Le budget de la Sécurité sociale voté en décembre 2025 contribue au financement des soins et actions de prévention santé destinés aux enfants et familles, incluant récemment la lutte contre le harcèlement en ligne et une réflexion sur l’utilisation des réseaux sociaux chez les moins de 16 ans.
  • Un simple lombricomposteur familial réduit de 30 % la poubelle d’une famille de 4 personnes, et initie les enfants au cycle du vivant, transformant les épluchures du panier bio en engrais pour le potager.
  • Les enfants sensibilisés tôt à l’écologie domestique (cuisine, potager, tri, lectures engagées) acquièrent aussi plus de compétences transversales : empathie, coopération, créativité (source : Observatoire de la Parentalité et de l’Éducation Positive, 2024).

Ressources pour aller plus loin

Pour s’informer et continuer la réflexion, on peut écouter des podcasts comme « Familles Éco-Responsables » ou « Salut l’info ! », participer à des ateliers d’associations telles que Rejoué ou Les Amis de la Terre, et consulter des plateformes d’échange entre parents, enseignants et thérapeutes. Les bibliothèques municipales proposent des sélections thématiques, et de nombreuses ressources existent en ligne pour créer un potager familial ou apprendre le tri des déchets avec les enfants.

« Grandir, ce n’est pas seulement suivre les tendances, mais apprendre à choisir celles qui prennent soin du vivant, en nous et autour de nous. »

Faire de l’enfance un moment d’apprentissage joyeux, entre respect de soi, éveil au vivant et plaisir de lire ou de jardiner ensemble… De quoi semer les graines d’un futur plus conscient !

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