Face à la montée inquiète des instituts de beauté pour enfants et à la popularité de tendances risquées comme les « burn lines » — ces défis incitant adolescentes et adolescents à s’exposer au soleil sans protection — médecins et familles tirent la sonnette d’alarme. Selon la Société française de dermatologie, ces pratiques promues dès le plus jeune âge sont non seulement inutiles mais dangereuses : risques d’allergies, de brûlures, d’eczéma, voire d’un accroissement du risque de cancers cutanés à long terme. Pourtant, loin de céder aux injonctions esthétiques, de plus en plus de parents profitent des vacances d’été pour inviter leurs enfants sur des chemins plus naturels et créatifs : ateliers écologiques, cuisine végane, permaculture, herboristerie, fabrication de cosmétiques maison ou encore découverte des émotions à travers des livres d’activités. Un été pour retrouver ensemble bien-être, respect du corps et de la nature — et permettre aux enfants de s’ouvrir à d’autres formes de créativité bien loin des sirènes du marketing cosmétique.
Depuis quelques années, instituts de beauté et soins « comme les grands » suscitent un enthousiasme croissant chez les plus jeunes. Manucure, spa, massages : sous couvert d’activités festives ou de « moments mère-fille », ces prestations dissimulent pourtant une banalisation de la consommation cosmétique, et exposent les enfants à des substances dont l’innocuité n’est pas toujours garantie. Pour le Pr Pierre Vabres, dermatologue au CHU de Dijon, « l’enfant n’a pas besoin de produits cosmétiques. Or, tout cosmétique, malgré une réglementation rigoureuse, expose à un risque comme tout médicament, par exemple le développement d’une allergie. » L’opacité sur la composition des produits et l’absence de réglementation spécifique renforcent l’inquiétude, d’autant que les allergies se développent très souvent par la peau en bas âge.
En parallèle, les réseaux sociaux véhiculent de nouveaux modèles comme les « burn lines » : le défi de créer des démarcations de bronzage en s’exposant volontairement sans protection. Apparu en Australie, ce phénomène compte déjà plus d’un million de publications sur Instagram et 150 000 sur TikTok. Les risques sont bien réels : coups de soleil importants, allergies cutanées, eczéma, et surtout, augmentation majeure du risque de mélanome, cancer de la peau le plus grave, dont 85 % des cas sont liés à des expositions UV trop précoces, selon Santé Publique France.
Cette pression esthétique pèse aussi sur la construction psychique et l’estime de soi : « C’est peut-être exposer des enfants un peu fragiles à l’adolescence à l’idée que l’apparence doit devenir une priorité », observe la pédopsychiatre Amandine Buffière.
Face à ce constat, de plus en plus de familles, pédagogues ou thérapeutes privilégient de nouvelles manières d’occuper les enfants durant les vacances. Ateliers DIY naturels, initiation à la permaculture, fabrication de savons, lectures sur la gestion des émotions ou balades éducatives en nature : les possibilités se multiplient pour renouer le lien avec le vivant. De nombreux lieux en France, des AMAP aux fermes pédagogiques, des Repair Cafés aux musées pour enfants, proposent des ateliers adaptés dès le plus jeune âge.
La tendance n’est pas anecdotique : la Fédération française de la beauté note une augmentation de plus de 30 % des ouvertures de salons beauté « juniors » en zone urbaine, tandis qu’un sondage IFOP indique que 63 % des parents privilégient à présent des activités naturelles, éducatives et créatives l’été. Le tissu associatif et culturel français, particulièrement riche, permet de découvrir la permaculture, l’herboristerie ou encore la cuisine végane en famille ; autant d’expériences qui encouragent l’autonomie, l’expérimentation sensorielle, la gestion des émotions et le respect de son corps.
Les ateliers manuels et créatifs, qu’il s’agisse de jardinage ou de cuisine familiale, réduisent aussi le stress des enfants (de 25 % en moyenne selon une étude Unesco 2022–23) et renforcent estime de soi et coopération. Les musées et espaces nature développent des offres adaptées, avec une hausse remarquable de la fréquentation familiale. Par ailleurs, de nombreuses ressources, livres, podcasts ou communautés en ligne encouragent petits et grands à questionner la beauté normative, explorer la biodiversité ou entamer un parcours zéro-déchet.
Si la vigilance reste de mise concernant les huiles essentielles ou produits DIY sans connaissance appropriée, l’essor des ateliers familiaux et des réseaux d’entraide tissent un socle robuste pour un été plus conscient, joyeux et connecté au vivant. Trouver une AMAP près de chez soi, cuisiner avec des produits bruts, visiter une ferme pédagogique ou s’initier à l’art sous les arbres : autant de manières d’ancrer l’été dans la découverte, la transmission et la bienveillance — bien loin des sentiers battus du marketing et des diktats esthétiques.
Cet été, que ce soit dans la forêt, le potager, la cuisine ou lors d’un atelier créatif, les alternatives abondent pour offrir aux enfants non seulement des souvenirs précieux, mais aussi les clés d’un rapport sain à eux-mêmes, au corps et à la planète.
