Enfants, bien-être et nature : comment initier nos enfants à des rituels éco-responsables loin du greenwashing ?

14 janvier 2026Élise Caron-Dubois
Enfants, bien-être et nature : comment initier nos enfants à des rituels éco-responsables loin du greenwashing ?
14 janvier 2026Élise Caron-Dubois

Enfants, bien-être et nature : comment initier nos enfants à des rituels éco-responsables loin du greenwashing ?

Alors que les instituts de beauté et les tendances bien-être ciblent de plus en plus les enfants en France, exposant leur santé à des risques souvent méconnus, comment, où et avec qui transmettre aux plus jeunes des rituels respectueux de leur peau, de leur rythme et de la planète ? Cet article propose des solutions concrètes pour initier toute la famille à un bien-être naturel, loin du greenwashing et des pressions des réseaux sociaux.

Face à la multiplication des instituts de beauté pour enfants qui fleurissent partout en France depuis plus d’un an, et à la montée fulgurante de tendances beauté dangereuses sur les réseaux sociaux — comme les “burn lines” ou “tan lines” massivement vues sur TikTok et Instagram à l’été 2025 — la Société française de dermatologie lance l’alerte : ces pratiques, qu’elles soient proposées en salon ou largement diffusées en ligne, ne sont pas anodines. Elles exposent les plus jeunes à des risques sanitaires immédiats (allergies, eczéma, brûlures, photosensibilisation...) et alimentent une pression précoce sur l’apparence, confirmée également par les pédopsychiatres. Pourtant, ces offres séduisent de plus en plus de familles, parfois mal informées, alors que la réglementation reste floue et la prévention quasi inexistante.

Dans ce contexte, parents, éducateurs et thérapeutes se retrouvent à la croisée des chemins : comment accompagner nos enfants vers l’autonomie et le bien-être, sans succomber au piège du marketing pseudo-naturel ou du greenwashing ? Partout en France, des familles et acteurs de l’écospiritualité inventent d’autres voies : fabrication de cosmétiques naturels maison, ateliers de permaculture parent-enfant, rituels joyeux dans la nature… Des initiatives qui misent sur l’éveil sensoriel, l’éducation à la patience et la connexion profonde au vivant, loin des fausses promesses du “tout-cosmétique”.

En 2025, la question du bien-être des enfants s’invite de plus en plus dans l’espace public sous l’effet de tendances relayées massivement sur les réseaux sociaux : “routines beauté” et défis bronzage, instituts de beauté s’adressant dès l’école primaire, multiplication des offres marketing autour du “wellness kids”. Médecins et familles s’inquiètent de ces signaux, à juste titre.

Selon la Société française de dermatologie, les instituts de beauté pour enfants, en forte croissance ces dernières années, présentent des risques majeurs. “L’enfant n’a pas besoin de produits cosmétiques. Or tout cosmétique, malgré une réglementation rigoureuse, expose à un risque comme tout médicament, par exemple le développement d’une allergie”, souligne le professeur Pierre Vabres (CHU de Dijon). Les soins (masques, massages, crèmes) pratiqués chez les plus jeunes peuvent provoquer eczéma, irritations et photosensibilisations, mettant la peau fragile des enfants en danger. “Chez l’enfant, le développement des allergies se fait souvent à travers la peau… Un des risques, c’est le développement d’allergies cutanées à type d’eczémas, par exemple”, rappelle-t-il.

Sur TikTok, le hashtag “tan lines” a dépassé 150 000 publications et plus d’un million sur Instagram, démontrant la viralité des contenus incitant à s’exposer au soleil sans protection dès l’adolescence. Selon Santé Publique France, plus de 85 % des cancers de la peau sont dus à une exposition excessive aux UV, principalement pendant l’enfance et l’adolescence. Le mélanome tue 2 000 personnes par an en France. Actuellement, il n’existe aucune législation spécifique sur les cosmétiques dédiés aux enfants, un vide juridique qui facilite l’arrivée de produits inadaptés ou peu contrôlés sur ce segment.

“C’est du marketing… Les cosmétiques ne sont pas un jouet, et les soins pour la peau ne sont pas un jeu.” s’alarme le professeur Pierre Vabres. “C’est peut-être exposer des enfants fragiles à l’adolescence à se dire que l’apparence est la chose essentielle”, ajoute la pédopsychiatre Amandine Buffière. La pression de l’apparence, renforcée par les réseaux sociaux et certains discours publicitaires, peut affecter durablement la construction de l’estime de soi chez l’enfant. “J’ai vu passer plein de vidéos ‘tan lines’, ça donne envie… Plusieurs de mes amies ont mis de l’huile d’olive pour bronzer plus vite, un peu sans réfléchir”, raconte Élisa, 14 ans.

Les conséquences de ces nouvelles routines sont multiples : à court terme, des brûlures, réactions allergiques, irritations et dermatites sévères pouvant mener à une hospitalisation ; à long terme, une exposition trop précoce aux cosmétiques et aux UV augmente significativement le risque de maladies chroniques de la peau et de cancers. La pression psychologique sur l’apparence peut aussi favoriser l’angoisse, la dévalorisation de soi et les troubles du comportement.

Nous avons la responsabilité de proposer à nos enfants d’autres chemins vers le bien-être : ceux de l’autonomie, du respect et de la lenteur. Les enfants n’ont nul besoin d’être transformés en petits adultes connectés à l’injonction du “bien paraître”. Offrir l’expérience sensorielle du jardin, de la forêt ou d’une cuisine familiale est une alternative concrète à la surenchère cosmétique.

Depuis une dizaine d’années, la question du bien-être et de la beauté chez les enfants s’est radicalement transformée sous la pression de nouveaux acteurs économiques et socioculturels. Les instituts dédiés, les gammes cosmétiques “spéciales juniors” ou l’explosion de tutos self-care sur les réseaux sociaux témoignent d’un glissement de la société vers une survalorisation de l’apparence dès le plus jeune âge. Ce phénomène, porté depuis longtemps par les États-Unis, gagne aujourd’hui l’Europe. Selon le cabinet Fortune Business Insights, le marché mondial des cosmétiques pour enfants dépassait déjà 1,5 milliard de dollars en 2023, avec une croissance annuelle de plus de 6 %.

En France, la Société française de dermatologie alerte régulièrement sur les risques spécifiques de ces pratiques : allergies, eczéma, perturbation de la barrière cutanée, et pression psychologique précoce sur l’apparence. Les tendances issues des réseaux sociaux — comme le “sunburn challenge”, le retour du bronzage sans protection (“tan lines”) ou l’utilisation de produits maison non testés — interrogent sur la transmission des gestes de soin aux enfants et aux adolescents. Entre 2015 et 2022, l’incidence des coups de soleil volontaires chez les 12-18 ans a progressé de 20 % selon Santé Publique France, tirée par des vidéos virales.

Alors que l’industrie cosmétique vise un public de plus en plus jeune en Asie et aux États-Unis, certains pays européens, comme la Suède ou l’Allemagne, promeuvent des pédagogies alternatives centrées sur le contact avec la nature et l’autonomisation sensorielle. En France, les initiatives associatives (AMAP, Repair Cafés, ateliers permaculture parent-enfant) restent moins visibles, mais connaissent un succès grandissant au sein des familles sensibles à l’écologie.

Face à la double tentation du marketing de la “beauté facile” et au besoin de reconnexion à la nature, de nombreux parents, thérapeutes holistiques et éducateurs tracent aujourd’hui d’autres voies : transmission du fait-main, ateliers sensoriels, exploration du vivant. Une dynamique qui invite à réfléchir globalement au bien-être des enfants pour cultiver confiance, curiosité et respect de soi — en harmonie avec leur environnement.

Selon une enquête de la Société française de dermatologie, plus de 60 % des parents ont déjà acheté un cosmétique spécifique pour leur enfant, souvent influencés par les tendances sur Instagram ou YouTube. Le hashtag #tanlines compte déjà plus d’un million de publications sur Instagram en 2025, signe que la pression esthétique touche très tôt les plus jeunes. 85 % des cancers de la peau sont associés à une exposition excessive aux UV avant 18 ans (source : Santé Publique France).

La peau des enfants est en moyenne 30 % plus fine que celle des adultes et ne possède pas encore toute sa barrière protectrice, la rendant vulnérable aux agressions chimiques ou climatiques. L'utilisation répétée de parfums, colorants ou conservateurs dans les cosmétiques (même dits "naturels") peut entraîner des allergies de contact, des eczémas, ou des phénomènes de photosensibilisation aggravés lors d’une exposition solaire.

Sur le terrain, les initiatives fleurissent. À Annecy, lors d’un atelier DIY, une maman témoigne : « Mon fils de 9 ans préfère préparer son savon à la menthe du jardin plutôt que d’utiliser les gels douche aux couleurs flashy du commerce. Il est fier de dire que c’est “zéro-déchet” et meilleur pour la planète. » Au musée Rodin à Paris, la table sensorielle prouve que l’éveil au toucher, aux odeurs et aux formes reste une porte d’entrée essentielle pour apprivoiser son corps, bien loin du focus sur l’apparence physique.

À ce jour, il n’existe aucune réglementation spécifique pour les cosmétiques destinés aux enfants. Les marques lancent des gammes “kawaii” ou “fun” pour les 5–12 ans, souvent colorées et sucrées, sans prise en compte des risques dermatologiques. Les instituts de beauté “enfants” sont soumis aux mêmes contraintes que les instituts classiques, sans obligation d’afficher clairement l’origine des produits utilisés.

Avant toute fabrication DIY de cosmétique, il est conseillé de privilégier les recettes sans huiles essentielles et de tester une noisette du mélange sur le creux du bras, 48h avant usage, pour vérifier l’absence de réaction. Les ateliers jardinage ou lacto-fermentation peuvent commencer dès 4–5 ans, en adaptant les outils et en favorisant l’apprentissage par le jeu.

La curiosité, l’expérimentation et l’autonomie concrète sont les meilleurs remparts face au marketing. Accompagner les enfants, c’est prioriser le dialogue, la simplicité et la joie de faire soi-même, tout en gardant un œil critique sur les tendances, même portées par le bien-être ou le naturel.

Pour s’informer, suivre les évolutions de la législation ou découvrir des recommandations dermatologiques, le site de la Société Française de Dermatologie et les newsletters santé-famille sont autant de ressources. Les initiatives locales comme les AMAP, Biocoop, Repair Café, maisons de la nature ou certains musées, offrent régulièrement des espaces créatifs et inclusifs. Sur les réseaux sociaux, témoignages et idées d’activités s’échangent sur des comptes ou groupes de familles éco-engagées.

Tout au long de l’année, portes ouvertes dans les fermes pédagogiques, jardins partagés, ou animations d’associations permettent de vivre concrètement ces expériences. Poster ses retours après une activité ou partager ses idées sur les réseaux favorise l’échange et l’enrichissement collectif.

Fabriquer en famille un petit potager d’aromatiques, s’essayer à la lacto-fermentation, partir en balade cueillette ou organiser un rituel de gratitude autour du jardin sont autant de possibilités pour renouer ensemble avec la beauté du vivant.

Transmettre à nos enfants la conscience du vivant, c’est leur offrir bien plus qu’un simple soin : c’est leur ouvrir la porte à la joie, à la lenteur et à la beauté authentique de la vie.

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