En France, un enfant sur trois ne part pas en vacances

26 avril 2026Élise Caron-Dubois
En France, un enfant sur trois ne part pas en vacances
26 avril 2026Élise Caron-Dubois

En France, un enfant sur trois ne part pas en vacances

Derrière ce chiffre se cachent des réalités souvent invisibles : des enfants qui n’ont jamais vu la mer, qui n’ont jamais couru dans un champ ou dormi sous les étoiles. Pourtant, l’été devrait être un droit, une parenthèse où l’on se sent libre, où l’on découvre, où l’on se construit. Cette année, le Secours populaire tente d’y remédier avec une initiative inédite : la Journée des oubliés des vacances, le 20 août sur le Champ-de-Mars à Paris. Des dizaines de milliers d’enfants, venus de toute la France et du monde, y découvriront un village éphémère avec plus de 160 animations, des visites de monuments emblématiques et un concert pour célébrer l’enfance. Une réponse concrète à une question trop souvent ignorée : comment grandir sans ces moments de répit, de rêve et de légèreté ?

Des vacances pour tous : quand la solidarité redonne le sourire

Le Secours populaire ne se contente pas d’organiser une journée festive. Il répond à une urgence sociale. Parmi les enfants présents sur le Champ-de-Mars, beaucoup n’ont jamais quitté leur quartier. Certains découvrent la tour Eiffel pour la première fois, d’autres goûtent à des activités qu’ils n’auraient jamais pu s’offrir. Voir des enfants découvrir Paris comme s’ils débarquaient sur une autre planète, c’est à la fois bouleversant et magique, confie un bénévole. Ce jour-là, ils se sentent comme les autres.

L’événement ne se limite pas aux animations. Les repas sont préparés en partenariat avec des producteurs locaux et des associations anti-gaspi comme Too Good To Go. Des ateliers sur le zéro déchet et la permaculture sont proposés, transformant cette journée en une expérience à la fois ludique et éducative. On ne veut pas seulement leur offrir un moment de bonheur, explique une organisatrice. On veut aussi leur donner des clés pour comprendre le monde qui les entoure.

D’autres associations agissent toute l’année. Vacances Ouvertes et Les Petits Débrouillards organisent des séjours à prix réduits, souvent en partenariat avec des fermes pédagogiques. En Haute-Savoie, Les Amis de la Terre 74 proposent des séjours en montagne pour des enfants de quartiers prioritaires, mêlant randonnées et ateliers sur la biodiversité. L’idée, c’est de leur montrer qu’ils ont leur place dans la nature, qu’ils en font partie, explique un animateur.

Et si la solution venait aussi de nous ? Devenir bénévole pour accompagner des enfants lors d’une randonnée, faire un don de livres ou de boîtes à histoires à une pouponnière, ou simplement inviter un camarade de classe qui ne part pas en vacances pour une journée. Un pique-nique, une balade, un atelier DIY… Parfois, il suffit de peu pour changer une vie, rappelle une éducatrice.

Voyager autrement : des étés éco-responsables et spirituels

Pour beaucoup de familles, l’été rime avec voyage. Mais comment concilier découverte, écologie et transmission de valeurs ? Le slow travel offre une réponse. Imaginez un road-trip en van aménagé, avec un mini-jardin mobile où les enfants plantent des aromatiques et récoltent des légumes. Ils apprennent le cycle de la nature tout en s’amusant, raconte une mère de famille. Et puis, cuisiner ensemble avec les légumes du potager, c’est une façon de leur montrer d’où vient ce qu’ils mangent.

Les ateliers zéro déchet font aussi partie du voyage. Fabriquer son dentifrice, préparer des goûters véganes ou coudre des sacs en tissu pour les courses : autant d’activités qui sensibilisent les enfants à l’impact de leurs choix. On compare un panier AMAP à un repas de fast-food, explique un père. En termes de coût, de santé et d’écologie. Les ados adorent ces défis !

Et si l’aventure commençait près de chez soi ? Les fermes locales ouvrent leurs portes pour des ateliers de cueillette, de transformation (confitures, pain au levain) ou de cuisine express. En Haute-Savoie, la ferme Les Jardins de Cocagne propose même des stages pour les 12-18 ans. On leur apprend à faire des smoothies ou des wraps avec des produits de saison. C’est simple, ludique et ça leur donne envie de manger mieux.

Mais voyager, c’est aussi voyager en conscience. Créer un carnet de voyage spirituel où l’on note ses émotions, où l’on dessine la lune chaque soir, où l’on raconte des histoires sous les étoiles. On a troqué Disneyland contre un écovillage espagnol, confie une mère. Mes ados râlaient au début… mais ils ont adoré construire une cabane en terre et cuisiner avec les légumes du potager !

Les rituels familiaux prennent aussi une place particulière. Une cérémonie de pleine lune en camping, avec des bols tibétains et des vœux écrits sur des feuilles à enterrer sous la lune. Ce soir, on écrit un vœu et on l’enterre. Demain, on verra s’il a poussé, explique Hélène, une mère de famille qui pratique ces rituels avec ses enfants. C’est une façon de leur apprendre à se connecter à la nature et à eux-mêmes.

Des histoires pour grandir, même quand la vie est difficile

Les livres et les histoires jouent un rôle clé dans l’épanouissement des enfants. Pour les tout-petits, des peluches-conteuses comme Petit Ours Brun ou Faba rassurent lors des séparations, que ce soit un placement en pouponnière ou une simple journée à la crèche. Un petit garçon de 2 ans qui ne parlait plus a recommencé à dire 'maman' après avoir écouté 'Le Loup qui voulait changer de couleur' en boucle, raconte une éducatrice. Les histoires, c’est magique. Elles aident les enfants à mettre des mots sur leurs émotions.

Pour les 3-8 ans, des boîtes à histoires interactives comme Lunii ou Bookinou stimulent l’imaginaire. On peut créer une histoire sur un enfant qui part en vacances, ou écouter un conte sur le jardinage, explique une mère. C’est une façon de les préparer à de nouvelles expériences.

Les ados, eux, trouvent leur bonheur avec des histoires interactives comme Flam Lunii ou des podcasts éducatifs sur Yoto Player. Mes enfants adorent les défis 'Livre dont vous êtes le héros', raconte un père. Et puis, il y a des contenus sur la résilience, comme 'Le Journal de Gurty', qui les font rire tout en les aidant à relativiser.

Et si on fabriquait sa propre boîte à histoires ? Enregistrer des histoires avec sa voix pour les offrir à un enfant hospitalisé ou en foyer. À la pouponnière, on utilise ces boîtes pour aider les enfants à verbaliser leurs émotions, explique une éducatrice. C’est un outil précieux pour ceux qui ont du mal à s’exprimer.

Le sport et la nature, des alliés pour se reconstruire

Le sport et les activités en plein air sont des leviers puissants pour aider les enfants en difficulté. À Saint-Étienne, une association propose un programme Sport pour tous, accueillant des enfants en situation de handicap ou issus de milieux défavorisés. On organise des stages 'sport et permaculture', explique un éducateur. Les enfants font de la course d’orientation dans un potager, plantent des légumes, apprennent à cuisiner ce qu’ils ont récolté. C’est une façon de leur redonner confiance en eux.

La nature, elle, agit comme une thérapie. Créer un jardin des émotions avec les enfants : planter une fleur quand on est heureux, arracher les mauvaises herbes quand on est en colère. Un ado de 14 ans, placé en foyer, refusait de parler, raconte un éducateur. Un jour, on l’a emmené faire du vélo dans les champs. Il a commencé à me montrer les oiseaux, puis à me raconter sa vie. La nature, c’est un langage universel.

Les randonnées et les rituels lunaires complètent cette approche. Organiser une chasse aux trésors naturels (trouver 10 feuilles différentes, observer les étoiles) ou méditer en famille au coucher de soleil. Ce soir, on écrit un vœu sur une feuille et on l’enterre sous la lune, propose Hélène. C’est une façon de leur apprendre à se connecter à quelque chose de plus grand qu’eux.

Cinq actions concrètes pour agir dès maintenant

  1. Soutenir une association : Faire un don (argent, livres, boîtes à histoires) à Les Petits Devant (Lille) ou au Secours populaire. Offrir des boîtes à histoires à une pouponnière près de chez soi.
  2. Organiser un "été solidaire" : Inviter un camarade de classe qui ne part pas en vacances pour une journée (pique-nique, balade, atelier DIY).
  3. Créer un potager familial : Planter des aromatiques en pots sur un balcon ou un carré de permaculture dans son jardin. Un guide comme Mon premier potager en famille (éditions Terre Vivante) peut aider.
  4. Fabriquer une boîte à histoires maison : Enregistrer des histoires avec sa voix pour les offrir à un enfant hospitalisé ou en foyer.
  5. Participer à un événement local : S’inscrire à une Journée de la Terre ou à une visite De ferme en ferme avec ses enfants.

Chez nous, l’été, c’est sacré, confie Hélène. On part en retraite dans les montagnes, avec nos tentes et nos graines. Mes enfants adorent nos rituels : le matin, on médite face au lac ; le soir, on raconte des histoires sous les étoiles. Mais je sais que tous les enfants n’ont pas cette chance. Alors cette année, on a décidé d’accueillir un enfant du Secours populaire pendant une semaine. Lui offrir un peu de magie, c’est aussi lui donner des racines pour grandir.

Et vous, comment allez-vous rendre cet été inoubliable pour les enfants autour de vous ?

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