Comment protéger les enfants du marketing des snacks et de la beauté ?

24 janvier 2026Élise Caron-Dubois
Comment protéger les enfants du marketing des snacks et de la beauté ?
24 janvier 2026Élise Caron-Dubois

Comment protéger les enfants du marketing des snacks et de la beauté ?

En France, l’essor des instituts de beauté pour enfants et la propagation sur les réseaux sociaux de pratiques à risque, comme le bronzage sans protection, inquiètent dermatologues et parents. Parallèlement, des snacks ultra-transformés ciblant même les tout-petits apparaissent en rayon, banalisant une consommation adulte dès le plus jeune âge. Selon des experts de la Société française de dermatologie, ces tendances – inutilement précoces – comportent de réels risques pour la santé des enfants : allergies, brûlures, troubles alimentaires et influence sur l’estime de soi. À l’approche des vacances, période d’expérimentation et d’exposition accrue à ces modèles, la question se pose : comment protéger la santé et l’autonomie des enfants face à cette offensive marketing ?

Depuis quelques années, les offres s’intensifient : ouverture massive d’instituts de beauté dédiés aux enfants, hashtags comme #tanlines et #burnlines relayant des expositions solaires dangereuses à des centaines de milliers de jeunes sur TikTok et Instagram… La pause goûter se transforme également, avec des gammes de « biscuits apéritif bébé » vendus jusqu’à cinq fois plus cher que les classiques, et promus par des influenceuses. Or, ces produits sont le plus souvent ultra-transformés, encourageant par la répétition un goût précoce pour le trop sucré ou trop salé : « Plus l’enfant aura accès à ce type de produits tôt, plus il aura cette appétence en grandissant, » souligne la nutritionniste Christine Zalejski.

Les risques sanitaires sont documentés : 85 % des cancers de la peau sont dus à une exposition excessive aux UV, principalement durant l’enfance et l’adolescence. Les coups de soleil multiples dans cette tranche d’âge multiplient par deux les risques de mélanome à l’âge adulte. Les cosmétiques, même s’ils sont « spéciaux enfants », n’ont pas de réglementation spécifique et restent susceptibles de provoquer allergies ou irritations ; la Société Française de Dermatologie rappelle que l’enfant n’en a simplement pas besoin, chaque composant présenté comme inoffensif pouvant susciter une réaction.

Au-delà de la santé physique, ces nouvelles normes de consommation agissent en profondeur sur le bien-être psychique : elles participent à l’imposition d’un modèle centré sur l’apparence, parfois dès la maternelle, génèrent anxiété, comparaisons avec les autres et perte de confiance. Pour le Dr Amandine Buffière, pédopsychiatre, « cela revient à exposer des enfants fragiles à l’idée que l’apparence est essentielle – ce qui peut grossir la faille de l’estime de soi ».

Cette évolution est récente : en France, jusqu’aux années 1990, la frontière entre univers enfant et adulte était plus distincte. L’enfant grandissait dans la transmission familiale, la cuisine maison, l’expérimentation par le jeu. Aujourd’hui, selon l’UNICEF, la publicité visant les enfants augmente de 20 % par an, et 40 % des 6-12 ans sont exposés quotidiennement aux contenus d’influenceurs sur Youtube ou TikTok, où la frontière entre jeu, marchandise et authenticité est floue.

Certaines sociétés fixent des barrières : le Danemark encadre strictement toute publicité pour cosmétiques et snacks destinée aux moins de 12 ans, et l’école propose des ateliers jardinage, cuisine, DIY nature. La France, de son côté, tarde à légiférer ; les géants du secteur continuent d’inventer de nouveaux produits ou tendances, au détriment de la santé.

Face à cet environnement, des familles choisissent de revenir aux gestes simples et ludiques : cuisiner ensemble, jardiner, créer ses cosmétiques maison avec des ingrédients du jardin comme le calendula, tester ou improviser des ateliers baume ou goûter sain, qui développent l’autonomie et la curiosité. Ces pratiques, simples à mettre en place et accessibles dès 5-6 ans, renforcent aussi le lien parent-enfant : 68 % des parents constatent qu’elles nourrissent la complicité et la confiance.

S’informer devient essentiel : lire les étiquettes, exiger la transparence, privilégier des produits bruts et naturels, découvrir la petite transformation (macérat, baume…), participer à des ateliers locaux et échanger avec d’autres familles.

Des ressources gratuites (recettes maison, guides, livres, associations pour des ateliers d’upcycling ou de jardinage familial) sont à la portée de tous ceux qui veulent explorer un autre modèle de transmission : celui du plaisir partagé, de la curiosité, du jeu, sans impératif de perfection. Les initiatives locales et en ligne se multiplient, insufflant un nouvel élan dans l’éducation à la simplicité, à la débrouillardise et au lien à la nature.

Chaque parent avance à son rythme, souvent avec tâtonnements et erreurs, mais l’essentiel demeure : partager avec ses enfants le goût de l’expérimentation joyeuse et du vivant. C’est dans l’exemple et la présence que se construit l’autonomie, bien mieux que dans n’importe quel rayon beauté ou apéritif préemballé.

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