Comment accompagner les enfants et adolescents face à la vague des tendances beauté sur les réseaux sociaux, des instituts marketing aux défis “tan lines” dangereux ? Parents, éducateurs et thérapeutes s’interrogent : comment cultiver ensemble un rapport au corps sain, naturel et respectueux, loin de la surconsommation et des risques invisibles, pour transmettre la joie d’être soi, connecté à la Terre.
Depuis quelques mois, la France et l’Europe voient fleurir de nouveaux instituts de beauté ciblant les enfants et les adolescents, tandis que des tendances potentiellement dangereuses explosent sur TikTok et Instagram — comme les “tan lines”, soit l’exposition volontaire sans protection solaire pour obtenir des marques de bronzage accentuées. La Société française de dermatologie alerte dès novembre 2025 sur ces pratiques inutiles, voire risquées pour la santé des jeunes : eczémas, allergies, sensibilisation excessive au soleil et, à long terme, un risque accru de cancers de la peau.
Dans ce contexte où l’apparence et les routines beauté virales séduisent de plus en plus tôt, nombreux sont les parents à s’interroger : comment accompagner des jeunes souvent influencés par les réseaux sociaux, sans tomber dans la diabolisation ni le contrôle excessif ? Quelles alternatives proposer pour ancrer une vision positive, durable et naturelle du corps — loin du greenwashing et des normes toxiques de la beauté commerciale ?
Les défis immédiats sont nombreux. La prolifération des instituts de beauté pour enfants et la viralité de certaines tendances inquiètent aussi bien les familles que les professionnels de santé. L’enfant n’a pas besoin de produits cosmétiques. Or tout cosmétique, malgré une réglementation rigoureuse, expose à un risque, comme tout médicament, par exemple le développement d’une allergie
, prévient le professeur Pierre Vabres, dermatologue au CHU de Dijon. Certains instituts proposent massages, soins et manucures à des publics jeunes, alors que la peau des enfants est bien plus fragile et perméable aux substances chimiques.
On constate une augmentation notable des cas d’eczéma de contact et d’allergies cutanées développées précocement. Le développement des allergies se fait souvent à travers la peau
, explique le Dr. Vabres. Par ailleurs, l’absence de réglementation spécifique concernant les cosmétiques pour enfants ouvre la voie à un marketing parfois agressif.
Sur les réseaux sociaux, le hashtag #tanlines promeut l’exposition au soleil sans protection, cumulant plus de 1 million de publications sur Instagram et 150 000 sur TikTok en 2025. Selon Santé Publique France, 85 % des cancers de la peau sont attribués à une exposition excessive aux UV, surtout pendant l’enfance et l’adolescence. On compte environ 2 000 décès par mélanome chaque année en France.
Les témoignages d’adolescents sont révélateurs. Après avoir vu défiler les premières vidéos, certains sont tentés par ces pratiques, n’hésitant pas à appliquer des huiles pour accélérer le bronzage, sans toujours percevoir le risque immédiat (brûlures, cloques) ni les dangers à long terme.
La pression à la perfection nourrit insidieusement le mal-être et l’obsession du regard des autres. C’est exposer des enfants à penser que l’apparence est LA chose essentielle
, relève la pédopsychiatre Amandine Buffière.
Les soins beauté précoces en institut sont non seulement inutiles mais dangereux chez l’enfant : eczéma, allergies, photosensibilisation. La viralité des challenges “tan lines” expose à une hausse du risque de cancer cutané à l’âge adulte. Les enfants, très vulnérables face au marketing et au mimétisme social, disposent de peu de repères pour faire la part du soin du corps et de l’injonction esthétique. La réglementation française reste, à ce jour, lacunaire sur les cosmétiques destinés aux enfants.
Face à l’injonction permanente à consommer, l’accompagnement des adolescents passe aussi par le développement du discernement. Plutôt que d’interdire ou de dénigrer, il s’agit d’ouvrir le dialogue autour du besoin d’appartenance, de transformation et de reconnaissance qui s’exprime derrière ces routines beauté. Ce désir peut être tourné vers la connaissance de soi, la connexion sensorielle et la nature.
Certaines familles organisent des rituels familiaux bienveillants, comme des cercles de tambours à l’occasion de la pleine lune, pour ritualiser la croissance ou partager des moments sans écrans. D’autres invitent à explorer les sensations du quotidien — brise, odeur des plantes, toucher de l’argile — pour se reconnecter au vivant. Le dialogue sur l’image du corps passe aussi par le décodage des messages véhiculés sur les réseaux et le repérage des pratiques de greenwashing.
L’expérimentation en commun, autour de recettes de baumes maison ou de masques naturels, permet d’enraciner les repères du soin dans le vécu, loin de la morale ou de la consommation imposée.
Les alternatives nature et ateliers DIY en famille offrent des pistes réjouissantes. On peut confectionner ensemble un baume à lèvres au calendula du jardin, un masque apaisant à l’argile et à la camomille, ou s’initier à la préparation d’une huile solaire minérale (en soulignant toujours l’importance de la protection vestimentaire). La découverte des plantes sauvages et la permaculture familiales deviennent des terrains propices à l’apprentissage des cycles de la nature, du respect du rythme, et de la gratitude envers la Terre.
Des lectures adaptées comme “Le corps expliqué aux enfants”, “Les enfants du compost” ou “L’arbre à grands cœurs” permettent d’ouvrir la discussion sur l’image corporelle, l’estime de soi, et la connexion au vivant.
Un autre volet essentiel est celui des droits de l’enfant et de la prévention. Il importe de rappeler que l’enfant a droit à la sécurité, à la protection contre les pratiques déloyales et à une information neutre, et que la Convention internationale des droits de l’enfant protège contre le marketing ambigu. Ces points peuvent être abordés concrètement lors de discussions à la maison.
Pratiquer ensemble la préparation d’une trousse de voyage minimaliste (savon solide, huile maison, hydrolat) donne aux ados les outils de l’autonomie. Écouter des podcasts, feuilleter des ouvrages, participer à des ateliers ou des groupes d’échange avec d’autres familles sont autant d’occasions d’ouvrir le dialogue, tout comme des espaces de parole réguliers à la maison où chacun peut évoquer ses doutes ou envies.
L’une des clés est d’entraîner l’esprit critique des ados face au greenwashing : lecture des étiquettes, compréhension des labels, questionnement sur la provenance, la composition et l’impact social du produit. Cette démarche, ludique et éducative, permet à terme de distinguer les besoins réels des pressions extérieures.
Concrètement, un rituel de pleine lune en famille ou la confection d’un baume à lèvres zéro-déchet peut devenir prétexte à se reconnecter, partager, remercier son corps et cultiver la gratitude. Loin de la pression à la perfection, il est possible d’ouvrir des espaces de discussion et de créativité qui valorisent le respect de soi et de la planète.
Pour accompagner, prévenir, et ouvrir la voie à une beauté joyeuse et incarnée, des ressources existent : Société Française de Dermatologie, Parents en Transition, plateformes anti-greenwashing comme Label Emmaüs ou Greenweez, ateliers repair café, clubs nature, podcasts familiaux, mais aussi boîtes à questions et discussions libres à la maison.
Informer, éveiller sans pression, c’est donner à nos enfants la liberté de se forger leurs propres repères. Rester disponibles, ouverts à la discussion, et cultiver le lien au corps et à la nature, dans la confiance et la simplicité.
